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Cette rubrique est destinée à faire partager des expériences biomédicales, anciennes ou récentes, curieuses ou cocasses,
Alors tous à vos plumes : contactaamb@yahoo.fr


Chaque d'entre nous a été témoin d'une de ces situations :

""Les perles du bio""

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Certains d'entre vous ont connu l'ABIF (l'Association des Biomédicaux d'Ile de France), une association crée en 1995 par des techniciens biomédicaux et qui promouvait le métier de technicien biomédical. Afin de ne pas perdre cette histoire, l'AAMB se chargera d'être la mémoire de l'ABIF en sauvegardant et mettant à disposition des techniciens biomédicaux les 28 journaux publiés.Cliquez (BOUTON DROIT, ouvrir dans un autre onglet) pour accèder aux lettres de l'ABIF :

Consultez les péripéties de l'ABIF

Accèdez aux lettres de l'ABIF publiées sur une quinzaine d'années

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Lors d’une journée en 1994, mon bip sonne. Pour les jeunes générations, le bip est un petit récepteur attribué au technicien bio pour le joindre à tout moment. Il suffit quand il sonne et s’allume de trouver un téléphone de l’établissement pour pouvoir contacter le correspondant. L’on me retransmet une demande du chef de service de la réanimation pédiatrique de venir de toute urgence pour résoudre un problème de respirateur. Côtoyant régulièrement ce médecin, lors des révisions préventives, son appel n’est pas anodin. Je cesse mon activité en cours et m’empresse de rejoindre le service. Je passe par le sas où je me déshabille pour revêtir une tenue stérile (pantalon, tee- shirt, « charlotte » et masque). J’arrive devant une chambre vitrée où se trouvent plusieurs personnes revêtues de blouses qui arrivent aux chevilles. Les chaussures enveloppées de surchausses, la tête coiffée d’une « charlotte » et bien sur d’un masque. Le personnel me voyant me demande de rentrer vite dans la chambre, où plusieurs personnes s’occupent auprès d’un tout petit prématuré cyanosé, mal en point. Le médecin me demande d’augmenter la fréquence de ventilation du respirateur (un servo 900) qui est déjà au maximum. Le respirateur est toujours raccordé au très petit patient. Toucher aux réglages d’un respirateur branché sur un patient est impensable de nos jours. Par tâtonnement et devant tout ce monde, je dérègle le seuil de déclenchement, le « trigger », jusqu’à obtenir une fréquence ventilatoire oscillatoire. Et là miracle, le teint bleuâtre du bébé vire, de façon spectaculaire par tranche corporelle, au rose. Le médecin me regarde avec un grand sourire et lève le pouce avec un seul mot « chapeau ». Je m’empresse de prendre un large sparadrap que je colle sur le respirateur et j’écris dessus (ne pas rebrancher sur autre patient avant une révision biomédicale). Et oui, ce respirateur n’est plus dans les normes du fabricant et une bonne révision, voir le remplacement de la valve inspiratoire, est nécessaire.
Affiche PAU  2014 Affiche PAU  2014

Cette technique de ventilation à fréquence de ventilation élevée avait été testée avec le respirateur RPR. L’appareil R.P.R. ou respirateur à Pose Réglable dont l’appellation représente les initiales de ses créateurs : ROSENTIEL le Médecin, PESTY le Technicien. Je l’appelais Respirateur à Pannes Répétitives. Avec des fréquences élevées, hors norme du constructeur, le mécanisme qui faisait la bascule des cycles de ventilations s’usait très rapidement. Mais cela a permit de sauver de vies. A ma sortie de la chambre, je reconnais l’un des visiteurs. C’est un directeur de notre Etablissement qui me remercie pour ma promptitude et mon efficacité. Un deuxième personnage me serre la main de ses deux mains, avec une accolade sans un mot. Surpris et sans poser de questions, je retourne vers le sas pour changer de tenue et je croise la surveillante du service. Vous n’avez pas reconnu celui qui vous a fait un une accolade ? Non ? C’est Monsieur BAYROU, le Ministre de l’Education Nationale.
Affiche PAU  2014
C’est Monsieur BAYROU, aujourd’hui Maire de PAU, qui a officiellement ouvert nos Journées Techniques de PAU. Dans son discours d’accueil, il avouait de ne pas connaître notre spécialité professionnelle, avant sa venue. Après s’être renseigné sur l’activité de nos collègues palois, il qualifia notre métier de « générosité », un métier qui veille sur les autres par équipements interposés. Quelques semaines après sa venue à ROUEN, nous réceptionnons la livraison d’un premier respirateur HFO. Une précédente gazette, le n° 62 présente un article sur ce sujet : La ventilation artificielle à haute fréquence chez le prématuré avec le Dräger Babylog VN500. La médecine progresse au fil des jours…..

Daniel Peley
Affiche PAU  2014

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Recruté en 1967 par l’équipe du Pr LAURENS, ingénieur, cardiologue et directeur de recherche à l’hôpital BROUSSAIS, Jacques ROBIN, ancien TSH aujourd’hui heureux retraité, nous relate et explique avec passion ce que fût une genèse du biomédical il y a maintenant 40 ans … Jacques à l’époque, travaillait dans le secteur privé dans le laboratoire de recherche de la ville de Vernon dépendant de la direction de l’armement, puis à Paris à la COMPAGNIE DES SIGNAUX ET D’ENTREPRISES ELECTRIQUES. Personnel civil envoyé en mission sur les bases navales de Toulon ou de sous marins à Cherbourg, il effectuait des mesures sur les centrales à inertie servant à piloter les missiles.
Affiche PAU  2014 Affiche PAU  2014

Mais c’est finalement à l’appel du milieu hospitalier qu’il répondit. Il devait principalement et presque exclusivement entretenir et assister les équipes médicales utilisant les 7 baies de cathétérisme des blocs opératoires de ce grand centre de cardiologie parisien. Ces armoires bourrées d’électronique à lampes permettaient la mesure de plusieurs paramètres physiologiques comme l’activité électrique du cœur, la pression sanguine, les températures, les bruits cardiaques. Ainsi, un cathéter rempli de sérum physiologique était raccordé à un robinet 3 voies (appelé « TELCO ») comprenant le capteur proprement dit. Ce capteur basé sur le principe de la variation d’inductance par le déplacement d’un noyau de ferrite plongé dans une bobine permettait de transformer la pression sanguine en signaux électriques exploités ensuite par la baie. Ce capteur par la suite miniaturisé figurait en bout de cathéter et permettait l’enregistrement des signaux des cavités cardiaques via une voie veineuse. Cet accessoire était appelé « microsonde acoustique » et pouvait capter les bruits intracardiaques nécessaires au médecin pour lui indiquer les fuites des valves cardiaques en s’affranchissant des artéfacts musculaires, du thorax par exemple. Les enregistrements s’effectuaient sur des bandes magnétiques ou grâce à de petits crayons équipés d’un petit miroir placé dans un cadre magnétique bougeant en fonction de l’intensité du signal (donc proportionnel aux bruits cardiaques). Ce miroir réfléchissait le signal lumineux afin d’impressionner un film photographique.
Ces imposantes machines aidaient les cardiologues et les chirurgiens à la surveillance des paramètres physiologiques des patients lors des interventions à cœur ouvert ou fermé et à l’implantation des stimulateurs cardiaques. Des électrodes épicardiques en platine étaient cousues sur le ventricule gauche du myocarde, le générateur était lui placé sous le muscle grand droit de l’abdomen. L’inconvénient majeur de ces premiers « pace maker » étaient leur longévité. La durée de vie de ces électrodes dont les fils se rompaient, les nécroses générées qui augmentaient les seuils de stimulation, ou la faible autonomie de leur pile au mercure ou au lithium inférieure à 2 ans, ces différents facteurs imposaient le remplacement de tout le générateur. Ces piles ont d’ailleurs vite été remplacées par de plus perfectionnées dites « isotopiques ». Leur originalité était d’utiliser une faible quantité de … plutonium 238… Implantés sur plus de mille patients plutôt jeunes, l’autonomie passait alors à une trentaine d’année… Mais la possession de sources radioactives étant réglementée, chaque implantation fait l’objet d’une autorisation. La traçabilité était assurée et le patient était obligé de porter un bracelet indiquant la présence dans son corps d’une source radioactive. Le principe en était « simple » : L’émission de particules radioactives alpha était accompagné d’un dégagement de chaleur qui mis à profit, réchauffait l’extrémité d’un thermocouple. L’autre extrémité de ce thermocouple se trouvant à la température du patient, on pouvait alors recueillir une tension de quelques centaines de millivolts, proportionnelle à la différence des deux températures. Un convertisseur de tension se chargeait alors d’élever cette tension à 9 volts. Cependant, il n’y eu pas un gros développement car ces appareil n’ont pas profité des avancées technologiques de miniaturisation de l’électronique qui auraient permis une meilleur tolérance par les patients.
Après cette phase intermédiaire des stimulateurs isotopiques, sont arrivés les générateurs synchrones qui ne se déclenchaient qu’en cas d’absence de signal cardiaque. Ces équipements imposaient une intervention technique afin de contrôler l’efficacité du stimuli sur le myocarde en corrigeant si nécessaire le positionnement des électrodes, les paramètres du générateur. C’était une partie du travail de Jacques qui participait donc activement, au bloc, à chaque implantation de pace maker. Les réglages effectués, le thorax du patient pouvait être refermé. La durée de vie de ces stimulateurs pouvait atteindre 10 années. Mais il demeurait toujours les problèmes de nécroses et donc des niveaux de détection et de stimulation pouvant aller jusqu’à l’inefficacité. Pour y palier, le Dr Laurens eu l’idée de positionner directement les stimulateurs sur les ventricules gauches en s’affranchissant des électrodes. Mais il s’agit là d’un autre chapitre…
Jacques Robin
Affiche PAU  2014

Très prochainement d'autres histoires de bios...